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MORIARTY & CHRISTINE SALEM Création !

Genre / Origine : (Folk World / France-Réunion)

La rencontre entre les musiciens de Moriarty et ceux de Christine Salem est un tressage musical qui s’est tissé tout en douceur. Pas question ici de fusion, pas question non plus d’enjeu dicté par une stratégie de carrière. Juste question d’amitié, d’apprentissage, d’écoute, de curiosité réciproque pour lancer un folk sans frontière et sans ride.

Thomas, l’harmoniciste qui sait aussi faire sonner sa guimbarde à l’unisson du rouleur, le tonneau tambour qui rythme le maloya, le tempo phare de l’île de la Réunion, avait démarré l’approche. Régisseur de Salem Tradition avant que Christine ne tourne sous son propre nom, il conduisait le minibus sur les routes de Bretagne et de la banlieue parisienne en se familiarisant aux chants créoles. Peu après, Rosemary tombait sous le charme en écoutant Danyel Waro et Alain Peters, les ensorceleurs de l’océan indien. Au point d’embarquer Arthur et sa guitare bastringue dans l’interprétation fidèle et décalée du barde légendaire. Et c’est lors d’un concert parisien, que Zim, Charly et Vincent Moriarty étaient tétanisés à leur tour par Waro le magnétique, avant de découvrir la Réunion à l’occasion du festival Sakifo en 2008 pour tomber définitivement dans la furia des kabars qui rythment les nuits de l’île. Quant à Christine Salem, elle sautait le pas tout sourire en fonçant dans les traces avec détermination. Pour elle, croiser la route d’un groupe à la sorcellerie musicale si bien charpentée ouvrait la porte de toutes les affinités.

La résidence de travail studieuse et tout aussi joyeuse pouvait démarrer à deux pas du lagon et de la barre de corail, sous la protection d’une orchidée blanche et mauve, symbole de cette affaire de coeur. Posée là par hasard au beau milieu des musiciens, cette plante parasite éclairait le champ des possibles musicaux. Cette fleur qui s’ouvre en se nourrissant des autres donnait le ton à la greffe entre le groove du Mississipi et la transe maloya. Les guitares et les percussions, le rock et le tempo ternaire si particulier de l’île, pouvaient faire naitre un zanbrokal, ce plat typique de maïs cuit avec du lard, du curcuma et des haricots rouges. Et quand Rosemary chante les âmes qui ont perdu leurs attaches et que Christine répond : « Viens avec nous faire le rassemblement », l’âme égarée trouve alors sa place. L’incantation peut déclencher le bal poussière et faire danser l’esprit.

Philippe Conrath